
Créole 101 : L’histoire de Wyclef
En Haïti, il existe un terme pour décrire un
vrai fils de la patrie, un vrai patriote, un homme qui peut
quitter son pays tout en le conservant au fond de son cœur
: on appelle un tel homme « natif natal »,
un nom qui sied parfaitement à Wyclef Nelust Jean.
Membre des Fugees, groupe s’étant mérité
de nombreux prix, Wyclef Jean a été propulsé
au sommet de la célébrité en 1996 lorsque
le premier album du groupe, intitulé « The
Score », a vendu 17 millions de copies à
l’échelle internationale et a engendré
plusieurs hits comme le méga-succès « Killing
me softly ». L’énorme popularité
de cet album, ainsi que de son successeur, l’album solo
de Wyclef intitulé « Wyclef Jean Presents
The Carnival », ont fait de lui l’un
des auteurs-compositeurs et réalisateurs les plus en
demande de l’industrie.
Ayant collaboré avec Bono, Stevie Wonder, Michael
Jackson, Whitney Houston, Destiny's Child, Santana, Gloria
Estefan, Patti Labelle, Missy Elliott, Youssou N'Dour, Mary
J. Blige, Simply Red et plusieurs autres artistes au
fil du temps, Wyclef Jean a reçu de nombreuses marques
d’appréciation et plusieurs hommages. Mais malgré
le sentiment de réussite que la reconnaissance du public
lui procure, aucun projet musical n’a procuré
à Wyclef Jean autant de fierté que son dernier
album.
Welcome To Haiti Creole 101 (Sak Pasé Records)
est un album sur lequel le créole et le français
prédominent et dont la création s’est
étendue sur plusieurs années. Comme 2004 marque
le 200e anniversaire de l’indépendance d’Haïti,
première république noire à se libérer
de l’esclavage, Wyclef Jean a jugé que le moment
était venu de dévoiler son chef-d’œuvre.
Dans sa langue natale, agrémentée de rythmes
créoles traditionnels comme le Konpa, le Zouk le Rara,
Wyclef jean rend hommage à sa terre natale avec une
célébration musicale éclectique et vibrante
qui transcende la barrière des langues et va droit
au cœur des vrais mordus de musique.
Créole 101 comporte aussi des pièces en anglais
comme « President », un mantra
qui réveille la conscience sociale que Wyclef Jean
a récemment interprété à la U.S.
Democratic National Convention, à Boston au Massachusetts.
Le clip de cette pièce sera réalisé par
Spike Lee.
Track by Track
- Intro: Où il est question de
fierté. Fierté de la terre natale et du drapeau
national. La voix hypnotique de Jean Dominique, le fameux
journaliste Haïtien assassiné devant sa station
de radio le 3 Avril 2000, donne ici une définition
sans équivoque du patriotisme. Inspiré par
un extrait du film de « L’agronome » pour
lequel Wyclef a composé une poignante trame sonore
à la demande du réalisateur Jonathan Demme,
trois fois oscarisé.
- 24 Hours to live. Imaginez un réveil
matinal avec la certitude soudaine qu’il vous reste
seulement 24 heures à vivre. Que feriez-vous ? Où
iriez-vous ? Le cauchemar de Wyclef débute avec un
génial échantillon d’un succès
de Rodrige Milien’s, daté de 1975. Jean invente
ici un style nouveau, mixant la « vibe » du
style créole dénommé « twoubadou
» (troubadour) avec la vraie culture hip hop; le tout
guidé par un sens inné du suspens et un «
timing » proprement stupéfiants !
- Party By The Sea. Une vraie chanson de
party tropical ! On y retrouve le Jamaïcain Buju Banton
dans ses oeuvres ainsi que le savoir-faire légendaire
du duo haïtien T-Vice, basé à Miami.
Le guitariste et chanteur Roberto Martino et son frère
Reynaldo (claviers) concoctent avec Wyclef un gros konpa
nouvelle génération à saveur calypso
et dancehall.
- Festival / Fistibal Un typique morceau
de carnaval, bon pour défiler triomphalement sur
un char allégorique dans la marée humaine
en liesse en plein Port-au-Prince ! Inclut un extrait de
“Rhythms of the Night”, un hit Motown signé
De Barge, qui s’est hissé à la troisième
place du classement Billboard en 85, l’année
où le petit Wyclef a débarqué tout
ahuri à l’aéroport JFK. Introduit la
nouvelle danse « fistibal », nom qui désigne
cette fronde artisanale, le jouet préféré
des petits Haïtiens. Du bon gros délire !
- Lè Ou Marye. Un homage enlevé
à l’homme du sud, Achille Paris, le plus grand
troubadour d’Haïti. “Lè ou marye”
est la reprise irrésistible d’une chanson plutôt
coquine au sujet du mariage. Avec un coup de main des leaders
du mouvement twoubadou: Fabrice Rouzier et Kéké
Bélizaire et une imitation pissante par Clef du Roi
Coupé Cloué, un des chanteurs d’Haïti
les plus célèbres mondialement qui avait coutume
de s’aventurer dans des discours improvisés
appelés « prêches », assez proches
en fait du spoken word mais à la manière d’un
Isaac Hayes.
- Generation X Un autre genre de konpa,
avec une touche old school, une inspiration gospel et un
refrain manière moderne. Une rengaine mélodique
et crèvecoeur qui met en garde contre le Sida et
l’abus de drogue. “J’aurais beau être
le plus grosse star du rap” chante Wyclef “mais
je ne suis rien sans la reconnaissance des miens…
Je veux voir Ie futur dans vos yeux…”
- La Bamba. Comment tourner un classique
archi-connu du rock mexicain en hip hop et en konpa , juste
pour le plaisir, et l’amener à un autre niveau.
- Pistach Une chanson pour les braves marchandes
qui vendent des cacahuètes grillées au marché,
à ciel ouvert. “Respectez ma mère, avise
le chanteur, et ne dites aucun mal non plus du coupeur de
canne, car c’est lui mon père. Une ligne de
basse contagieuse et un groove qui évoque la musique
populaire brésilienne tout en restant typique des
chants que scandent les groupes à pied en Haïti
en répétant « Laissez-nous passer !»
- Voodoo Marsa. Le Rara et le Raboday sont
des styles et rythmes profanes inspirés de la tradition
vodouesque. Le mot créole signifie jumeau ou siamois.
“Mon pays et moi sommes inseparables, chante Wyclef
”. Hommage à Boukman, le révolté
qui a conduit la révoltes des esclaves d’Haïti
contre les armées colonials françaises en
1791.
- Haitian Mafia Un des “beats”
les plus puissants du disque. Avec la sémillante
Foxy Brown qui rameute les antillais créolophones
et anglophones dans sa pègre. La morale de cette
fable : ”Ces immigrants n’éataient pas
venus fonder une mafia en Amerique. Mais ton système
les y a forcé…”
- Lavi Nouyok. Tranches de vie dans New
York City. Dédié aux boat people et autres
immigrants illégaux qui apprennent sur le tas l’envers
du rêve américain. Morceau plus proche d’un
hip hop nord américain à tendance hardcore
mais qui rime dans un créole particulièrement
tranchant.
- Bay Mikro m’ Volim Monte le volume
de mon micro ! Une chanson qui cause de la liberté
d’expression avec un ostinato contagieux typique du
rara, musique de rue. Dans la version remix, Wyclef Jean
invite le trio de rappeurs le plus acclamé à
Montréal: Muzion. D’origine haïtienne,
Dramatic, Impossible et sa soeur J.Kill se sont mérité
deux fois le trophée du meilleur album hip hop au
Québec pour leur deux premiers opus en 99 et 2002.
- Fanm Kreyòl “Sharon Stone
et Beyonce sont bien belles mais moi, je préfère
une fille des Antilles; elle sait comment danser le zouk”.
Cette pièce démontre aussi l’étendue
de cette vague ragga qui sévit dans les Antilles
francophones depuis un moment.
- Nou va rive. Une chanson d’espoir
sincère. Une complainte chargée de mystique
qui rappelled “Yele”, cette inoubliable ballade
de son premier album solo. On y retrouve Wyclef plus proche
de Marley, comme un chantre du tiers-monde qui implore la
paix.
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